En arrivant à Gizeh, j’avoue que j’ai été plutôt déçue par la vue du Sphinx. Peut-être est-ce dû à sa grande renommée ? A force d’en entendre parler, je m’étais imaginée quelque chose de plus impressionnant (ça m’a d’ailleurs rappelé la découverte du Manneken-Pis à Bruxelles : il est tout petit par rapport à ce qu’on s’imagine !).
Quoi qu’il en soit, le Sphinx se trouve en contrebas d’une colline, qui est dominée par 3 pyramides. Du coup, le Sphinx a l’air ridiculement petit par rapport aux pyramides. En plus, le Sphinx est en assez mauvais état, car le calcaire dont il est constitué part en petits morceaux. Une restauration a eu lieu récemment, mais on distingue assez nettement les nouveaux blocs posés pour soutenir les pattes et les hanches, ce qui donne une impression de rafistolage (c’est un peu comme si on mettait un plâtre sur les bras de la Vénus de Milo ; la honte !).
Ensuite, nous avons gravi la colline jusqu’aux 3 pyramides principales (il y a en fait 7 pyramides dans cette zone). Leur taille est vraiment impressionnante et j’ai eu une pensée émue pour tous les ouvriers qui se sont échinés à déplacer des blocs de pierre il y a 4500 ans pour les amener à leur position actuelle. Nous sommes alors rentrés dans la pyramide de Chéphren qui est la deuxième en taille. C’était une expérience assez intense, mais aussi oppressante. Le couloir est très bas (on est même obligé de marcher accroupi) et aussi très étroit (ce qui rend les croisements avec les personnes dans l’autre sens assez difficile). En plus, l’atmosphère est humide et chaude. Bref, j’étais heureuse d’arriver au bout du couloir, qui débouche sur une salle large. Là, il n’y a pas grand chose à voir à part un sarcophage vide, mais j’ai réalisé soudainement qu’il s’agissait d’une tombe et j’ai eu un sentiment d’enfermement et d’étouffement. Je voulais absolument sortir, mais j’ai dû attendre un moment avant d’affronter une nouvelle fois le couloir étroit. A la sortie, l’air avait une saveur particulière et j’ai apprécié d’être à nouveau en contact avec les rayons du soleil.
Ensuite, nous avons décidé de poursuivre notre ascension de la colline. De nombreux loueurs de chameaux nous proposaient leurs services et cela virait au harcèlement (c’est d’ailleurs le seul endroit d’Egypte où nous ayons été réellement importunés par des commerçants). J’ai fini par en rejeter un qui nous a laissés tranquilles un instant pour revenir à la charge en déclarant qu’il ne voulait pas qu’on reste fâchés ! Nous avons finalement atteint un plateau. La vue y était tout simplement époustouflante. On apercevait d’un côté le site de Gizeh avec en arrière-plan la mégapole du Caire (accompagnée de son halo de pollution) et d’un autre côté plus rien : le désert avec du sable à perte de vue. Le contraste était saisissant ! Un grand moment de dépaysement !

Nous avions décidé de visiter le quartier copte du Caire (c’est-à-dire le quartier des chrétiens d’Egypte), qui est un des plus anciens de la ville. Le guide de voyage indiquait la station de métro où il fallait descendre et c’est là que les choses ont commencé à se compliquer. Nous ne parvenions pas à trouver les monuments indiqués par le guide et signe inquiétant : pas la trace d’un touriste dans les environs. Nous avons tourné tout autour et ce n’est qu’une heure après que nous en avons trouvé l’entrée principale. Entretemps, nous avons erré dans les parages. Au bout d’un moment, nous nous sommes décidés à rentrer dans une petite église. Elle ne payait pas de mine vue de l’extérieur, mais nous étions prêts à nous en contenter faute de mieux (c’était en fait l’église Saint-Serge où la Sainte Famille se serait réfugiée lors de son exil en Egypte). A l’intérieur, nous avons été abordés en français par une dame charmante qui nous a indiqué qu’elle était roumaine. Elle nous a ensuite invités à prendre une bougie et à la suivre. Là, elle nous a emmenés dans la crypte et nous a montré un tableau dans la pénombre. Elle nous a expliqué qu’il s’agissait de la Vierge donnant le sein à Jésus et qu’il n’y avait que deux tableaux sur ce théme (le deuxième tableau étant à Jérusalem). C’était très émouvant de découvrir seuls ce tableau à la bougie. Finalement, nous avons retrouvé un peu plus tard les hordes de touristes et les monuments tant recherchés du quartier copte. Le moment le plus intense était sans nul doute à l’église Saint-Serge.
La circulation au Caire a été un grand moment d’émotion, que ce soit en véhicule ou à pied.
En arrivant enEgypte, nous avons pris un taxi pour rejoindre l’hôtel et le chauffeur avait une conduite particulièrement sportive. Il changeait de file dès le que le moindre interstice se créait (ce qui arrivait à peu près toutes les 30 secondes) et il n’hésitait pas à frôler les autres véhicules pour prendre la place qu’il convoitait. En regardant autour, je me suis rendue compte que tous les chauffeurs avaient à peu près tous la même technique, ce qui ne m’a pas vraiment rassurée. Finalement, nous avons atteint la ville. La circulation devenait de plus en plus dense, mais les voitures roulaient toujours aussi vite. En plus, les feux rouges étaient uniquement décoratifs. Les chauffeurs se contentaient de ralentir (très légèrement) en franchissant le feu rouge si par hasard un véhicule avait la mauvaise idée de passer dans l’autre sens en même temps. Après quelques feux grillés, le chauffeur s’est arrêté brutalement à un feu rouge. Ca m’a étonnée, mais j’ai compris sa réaction lorsque j’ai vu la voiture de police garée au carrefour. Finalement, nous avons atteint l’hôtel sains et saufs (je n’en reviens toujours pas).
Là, les choses ont commencé à se compliquer, car nous avons endossé la dure condition de piéton au Caire. Pour nous promener dans la ville, nous avons décidé de faire un bout de chemin à pied et de temps en temps, il fallait bien traverser la rue. Comment fait-on alors pour traverser si les voitures ne s’arrêtent pas au feu? Quand on est peu intrépide, on peut se trouver sur un itinéraire pour touristes et une précieuse voiture de police se trouve sur le chemin. Si l’on sort des sentiers battus, la voiture de police peut vite faire défaut. Quand on a un peu de chance, il y a un passage souterrain, qui permet d’éviter tout stress. Dans le cas contraire, quand tous les filons sont épuisés, il faut soit renoncer, soit s’armer pour affronter la circulation. Courageux mais pas téméraires, notre tactique a consisté à observer d’abord les piétons autochtones. Ils avaient l’air serin, mais aussi particulièrement alertes. Comme il y avait beaucoup de véhicules à vive allure, ils traversaient par étapes. Ils faisaient des haltes entre les voies en attendant de pouvoir progresser davantage. Les voitures les frôlaient à quelques mètres, mais ça n’avait pas l’air de les troubler plus que ça. N’écoutant que notre volonté, nous nous sommes finalement décidés à traverser à notre tour et ça a marché. Je n’étais pas fière lorsque je me suis retrouvée au milieu de la chaussée et entourée de bolides, mais finalement ils m’ont tous évitée et j’ai regagné l’autre rive !
Au Caire, nous avons également tenté une expérience très aventureuse : une traversée en bus en pleine heure d’affluence. Ca n’a l’air de rien comme ça, mais ce fut un grand moment d’émotion pour moi. Nous avions visité le site de Gizeh avec son Sphinx et ses pyramides et j’avais repéré qu’un bus partait de là pour atteindre une grande place pas très loin de l’hôtel. Nous aurions pu bêtement rentrer en taxi et d’ailleurs certains chauffeurs insistaient lourdement pour nous proposer leurs services, mais nous avons préféré tenter un autre moyen de transport. Nous avons trouvé assez finalement l’arrêt et c’était en fait le terminus de la ligne, ce qui s’est avéré être une grande chance, mais je ne le savais pas encore. Nous avons vu un guichet et nous avons interrogé un Monsieur, qui nous a très gentiment répondu quelle était la ligne à emprunter. Après quelques minutes d’attente, le bus est arrivé et nous avons embarqué pour une folle escapade. Je pensais naïvement que le bus aurait par sa taille du mal à adopter la conduite des chauffeurs de taxis, mais pas du tout. Il changeait régulièrement de file pour gagner quelques mètres. Là où ça se corse, c’est que dans un bus, les gens montent et descendent à intervalles réguliers. D’ailleurs, nous n’avons jamais vu sur le trajet un quelconque signe matérialisant un arrêt comme un panneau ou quelque chose dans le genre. Les gens savaient visiblement où attendre et le chauffeur leur ouvrait la porte. D’ailleurs, lorsque le bus était sur la deuxiéme voie, il ne s’embêtait pas à changer de file. Les gens qui voulaient monter traversaient pour atteindre la bonne file. D’autres même anticipaient l’arrivée du bus et se plaçaient au bon endroit au milieu des voitures pour pouvoir monter. Là, le chauffeur repartait à vive allure tandis qu’il encaissait l’argent. Pour descendre, rien de plus simple : il suffisait de rejoindre l’avant du bus (en imaginant la vitesse du bus et ses virages pour changer de voie), ce que nous avons fait et nous avons même réussi à descendre au bon arrêt. C’était vraiment un trajet formidable au milieu des Egyptiens !